10 ans dans 17 pays: 5 enseignements pour nous aider à repenser l’insertion en France.
Depuis dix ans, le réseau Generation, opérant dans 17 pays, a fait de la récolte de la donnée la boussole de son action quotidienne. Avec plus de 150 000 diplômés, 57 millions de points de données collectés, et une question constante : le changement dans la vie de nos apprenants dure-t-il vraiment?
En France, depuis 2019, nous avons eu le plaisir de former et d’accompagner plus de 3500 personnes à intégrer divers secteurs d’activités tels que le secteur du numérique, les soins à la personne, les métiers de la transition écologique et le secteur de la vente. Et ce à Paris, Lille, Nantes, Marseille, Lyon, Bordeaux, Strasbourg notamment. Avec 88% de nos apprenants allant au bout de leur formation, et plus de 87% d’entre eux intégrant un emploi en moins de 6 mois (dont la moitié en CDI).
Toutes les données collectées à travers le monde nous éclairent au quotidien sur nos actions, nos stratégies, et nous permettent de réajuster notre accompagnement pour maximiser notre impact auprès de nos apprenants. Les données analysées apportent des réponses précieuses, confirmant certaines intuitions, confortant, de manière très concrète, des choix opérationnels que nous faisons au quotidien auprès de publics éloignés de l’emploi, dans un contexte français marqué par des tensions de recrutement mais aussi par des inégalités persistantes d’accès à l’emploi, et challengeant aussi certains de nos choix et de nos pratiques. Mais surtout, elles nous invitent à aller constamment plus loin.
De ces données, nous avons tiré 5 enseignements majeurs, pour repenser l’insertion socio-professionnelle de nos publics que nous partageons ici:
#1: Manquer seulement une journée de formation au début du programme = 4 fois moins de chance de finir le programme et -25% de probabilité de trouver un emploi après.
L’un des insights les plus frappants dans nos données. Ces deux chiffres ne sont pas anecdotiques. Ils disent quelque chose d’essentiel sur la nature de l’engagement dans nos parcours : l’accroche initiale n’est pas un détail logistique, c’est un moment fondateur. Pour Generation France, cela renforce l’importance de notre accompagnement précoce: les actions de (re)mobilisation avant le démarrage d’une cohorte, la posture des formateurs dès le premier jour, la détection proactive des fragilités dans les premières 72 heures.
Les ruptures de parcours sont fréquentes pour les publics que nous accompagnons, cette vigilance dans les tout premiers jours est donc déterminante pour sécuriser l’entrée dans la formation.
L’enjeu opérationnel est clair : intervenir tôt, avant que le décrochage ne s’installe.
Cependant, un autre de nos apprentissages les plus essentiels est que, à travers l’ensemble des pays d’intervention de Generation, les taux de diplomation et d’emploi varient de moins de 5% quel que soit le niveau de formation initiale, le sexe ou l’expérience professionnelle antérieure de l’apprenant.
Autrement dit, la méthode Generation efface les inégalités de départ. Elle produit des résultats équivalents pour un jeune sans diplôme ou un autre avec le bac assidues. Pour quelqu’un qui n’a jamais travaillé et pour quelqu’un qui revient après une longue période d’inactivité. Ce résultat, observé de manière cohérente dans 17 pays est une réalité structurelle de notre approche.
#2: La qualité du 1er emploi conditionne tout le reste
À leur arrivée dans nos programmes, 90 % des apprenants sont sans emploi. Le programme inverse la tendance : 83 % des diplômés trouvent un emploi dans les six mois. Et deux ans après la fin du programme, 75 % d’entre eux sont employés, et ce taux reste globalement stable jusqu’à la cinquième année.
En clair, le changement est durable.
Nos données montrent aussi que la qualité de l’emploi obtenu juste après la formation est un prédicteur du niveau de vie à deux, trois, cinq ans. Ce ne sont pas seulement les compétences acquises qui comptent, c’est la qualité du premier contrat (définit comme un contrat de travail stable, un emploi à plein temps, la perspective d’évolution qu’il ouvre, une rémunération permettant un niveau de vie décent, un environnement social favorable et un travail valorisant), qui est le principal facteur de maintien en emploi et de progression salariale à long terme, et ce, pour tous les indicateurs de qualité de l’emploi. Ces résultats sont observés de manière cohérente à travers tous les 17 pays où nous intervenons.
Pour Generation France, cela éclaire d’un jour nouveau notre travail de relations entreprises. Il ne s’agit pas de multiplier les offres d’emploi, il s’agit de qualifier les débouchés que nous proposons à nos apprenants. Un CDI, même à un niveau d’entrée modeste, vaut structurellement mieux qu’un CDD mieux rémunéré à court terme.
C’est aussi un point clé dans le contexte français, où la précarité des premiers emplois reste un facteur majeur de reproduction des inégalités.
#3 La mesure d’impact entre la fin de la formation jusqu’à 5 ans post programme peut ne coûter que 1% du coût par apprenant
L’un des enseignements les plus précieux de cette décennie d’actions à travers le monde : le suivi à long terme des alumnis coûte moins de 1 % du coût total par apprenant, mais il change radicalement la qualité des décisions que l’on peut prendre.
En France, comme dans beaucoup de structures d’insertion, nous mesurons l’emploi à trois, six, et douze mois comme une pratique généralisée. Mais la vraie question sur la durabilité longitudinale du changement exige de suivre nos alumnis à deux ans, trois ans, cinq ans, et au travers de nombreuses dimensions additionnelles à leur seul retour à l’emploi stable. Au sein de Generation, cela a été progressivement un changement de culture que nous avons opéré pour passer d’une logique de sortie de programme et d’impact immédiat à une logique de trajectoire de vie.
Nous menons chaque année une enquête auprès de nos alumnis avec un taux de réponse d’environ 50 %, voire près de 70 % dans certains pays.
Dès le départ, nous avons considéré la pérennité des changements – leur maintien dans le temps – comme un élément essentiel à l’orientation de nos programmes. La collecte de données et la structuration de la mesure d’impact peut devenir couteuse et lourde, mais notre expérience de la dernière décennie nous a démontré qu’il est possible d’y parvenir de manière réalisable et économique.
Nous indiquons clairement dès le début du programme que nous solliciterons des données au fil du temps, en soulignant comment nos apprenants contribuent à la formation des générations futures en « rendant la pareille ». Nous mettons régulièrement à jour les coordonnées et les données et utilisons une approche omnicanale pour nos communications. Toutes les premières demandes d’enquête sont envoyées par courriel, mais les méthodes de suivi varient selon les pays.
Par exemple, au Kenya et en Inde, où nos diplômés utilisent moins fréquemment le courrier électronique ou répondent moins souvent à des enquêtes en ligne, nous privilégions le suivi téléphonique et obtenons un excellent taux de réponse. Au Brésil et au Mexique, les diplômés utilisent plus souvent les applications de messagerie mobile, et WhatsApp est très répandu ; nous utilisons donc WhatsApp pour le suivi. Ces approches varient d’un pays à l’autre, mais nous commençons généralement par la méthode de suivi la moins coûteuse et la moins exigeante en ressources, avant de passer à la plus exigeante. Nous persévérons dans notre démarche, en multipliant les points de contact et en mobilisant nos anciens élèves pour qu’ils aident leurs pairs à répondre. Enfin, nous suivons attentivement ces actions de sensibilisation, en analysant les taux de réponse chaque semaine pendant nos périodes d’enquête afin d’adapter notre approche et de garantir un échantillon suffisamment représentatif.
Enfin, parallèlement à la collecte des données d’enquête, nous faisons appel à des évaluations externes et réalisons des analyses contrefactuelles « near-miss ». Ces analyses nous permettent de comparer les résultats et de renforcer notre confiance dans la représentativité de nos données.
#4: Les revenus augmentent régulièrement au fil du temps mais le rythme pour y parvenir varie d’une économie à une autre.
Parmi nos anciens élèves ayant un emploi, 73 % perçoivent un salaire décent ou plus deux à cinq ans après l’obtention de leur diplôme, mais les parcours sont différents.
Par exemple, un an après l’obtention de leur diplôme, seulement 10 % des diplômés des pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure perçoivent un salaire décent ou plus, contre 68 % dans les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure et 46 % dans les pays à revenu élevé.
Cependant, ces chiffres augmentent régulièrement dans tous les pays au cours des cinq années suivantes. Bien que cet écart persiste, il se réduit de sorte qu’au bout de cinq ans, la majorité des diplômés, quelle que soit leur catégorie de revenus, perçoivent un salaire décent ou plus. Plus précisément, 59 % des diplômés des pays à revenus intermédiaires de la tranche inférieur, 92 % des pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieur, et 85 % des pays à revenu élevé perçoivent un salaire décent cinq ans après l’obtention de leur diplôme.
Qu’est-ce qui explique cette variation ?
Les professions visées dans chaque région du monde où on opère expliquent ces variations. Dans le secteur technologique, toutes régions du monde confondues, 49 % des anciens élèves ayant un emploi perçoivent un salaire décent la première année, 86 % deux à trois ans après l’obtention de leur diplôme et 91 % quatre à cinq ans après. Mieux encore, la part des anciens élèves bénéficiant d’un salaire confortable (1,2 fois le salaire décent local) passe de 74 % deux à trois ans après l’obtention de leur diplôme à 87 % quatre à cinq ans après.
Pour les professions hors secteur technologique, comme le service client, les emplois verts et les métiers spécialisés, la progression est plus graduelle : le taux d’accès au salaire décent parmi les anciens élèves ayant un emploi passe de 51 % deux à trois ans après l’obtention de leur diplôme à 61 % quatre à cinq ans après. Enfin, le taux de salaires confortables dans les professions hors secteur technologique passe de 29 % deux à trois ans après l’obtention de leur diplôme à 35 % quatre à cinq ans après.
Pourquoi cette donnée nous intéresse: parce qu’elle permet d’ajuster le niveau et le type d’accompagnement après la fin du programmes selon le métier et le secteur visés, mais aussi la géographie dans laquelle nous opérons.
#5: Les voies distinctes pour atteindre un bon retour sur investissement
Generation mesure le retour sur investissement (ROI) de ses programmes de deux façons qui se complètent:
La première mesure compare les revenus des diplômés à leur situation de départ. Comme 90 % des apprenants étaient sans emploi avant d’entrer dans le programme, leur revenu de départ est proche de zéro. Sur cinq ans après la formation, les diplômés gagnent entre 6 et 22 fois plus qu’ils n’auraient gagné sans Generation. En France, ce multiplicateur est de 9,4. C’est une mesure puissante pour illustrer le changement de vie, mais elle est naturellement élevée parce que le point de départ est bas.
La deuxième mesure plus rigoureuse compare les revenus des diplômés à ceux d’un groupe témoin — des personnes aux profils similaires qui n’ont pas suivi la formation — et met ce gain au regard du coût réel de la formation. En France, pour chaque euro investi, les diplômés génèrent 3,6 euros de revenus supplémentaires par rapport à des personnes au profil comparables non formées. En somme un indicateur de la valeur économique du programme.
Un retour sur investissement élevé dépend de l’ensemble des résultats obtenus tout au long du parcours de l’apprenant, depuis les taux de réussite scolaire jusqu’aux taux d’insertion professionnelle initiale, en passant par le maintien en emploi à long terme et la progression de carrière et de salaire. Comme indiqué précédemment, l’accès progressif à un salaire décent varie selon le type d’économie et le secteur d’activité, et ces différences influent sur la combinaison des facteurs qui déterminent le retour sur investissement. Toutefois, un retour sur investissement élevé est possible dans tous les cas, avec différentes combinaisons de taux d’emploi à court et à long terme.
Ces données multipays nous incitent à optimiser notre portefeuille de métiers en priorisant ceux qui ouvrent les trajectoires salariales les plus stables sur cinq ans — en particulier les métiers tech, où un niveau de salaire décent est atteint par 86 % des diplômés à deux ans contre 51 % pour les autres secteurs, tous pays confondus.
Generation France est la branche française de Generation, réseau mondial présent dans 17 pays qui a formé et inséré plus de 154 000 personnes en onze ans. En France, depuis notre lancement en 2019, nous avons formé plus de 3 500 apprenants en France avec un taux d’insertion de 87% à 6 mois. Generation France c’est une équipe de 25 personnes, oeuvrant au quotidien pour l’accès au travail. Pour tout savoir sur nos actions en France, n’hésitez pas à jeter un œil à notre site internet: france.generation.org
Crédits:
Source des données: Generation.org
Les données ont été étudiées et analysées par Goldie Chow, Directrice Data & Impact chez Generation Global, et Jennifer Sykes, Directrice de la Communication chez Generation Global.