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Tech & inclusion : comment préserver la promesse ?

tech et inclusion generation france

Pendant longtemps, la tech a fait figure d’exception. Là où de nombreux secteurs continuaient de recruter principalement sur les diplômes ou l’expérience préalable, elle a contribué à ouvrir de nouvelles voies d’accès à l’emploi. Reconversions professionnelles, formations courtes, montée en compétences rapide : le numérique a permis à des milliers de personnes d’accéder à des métiers auxquels elles ne se seraient pas spontanément destinées.

Cette capacité à élargir le champ des possibles a largement participé à faire de la tech un secteur souvent présenté comme plus inclusif que d’autres. Pourtant, cette promesse est aujourd’hui confrontée à de nouvelles interrogations. Les besoins de compétences restent considérables, mais les métiers évoluent rapidement sous l’effet des transformations technologiques, notamment de l’intelligence artificielle. Dans le même temps, certains signaux sont clairs : les recrutements connaissent un ralentissement important, en particulier sur les postes juniors. (1).

La question n’est donc plus seulement de savoir si la tech est un secteur inclusif. Elle est de comprendre à quelles conditions elle le restera demain.

C’est autour de cette question que se sont réunis experts, entreprises, acteurs publics et associations à l’occasion des Rencontres des Métiers Inclusifs de Demain de Generation France, consacrées à la tech. Une conviction commune s’est dégagée des échanges : l’avenir inclusif du secteur n’est pas acquis. Il dépendra des choix collectifs qui seront faits aujourd’hui en matière de compétences, de recrutement et d’accompagnement des talents.

La tech, un secteur qui a élargi le champ des possibles

Si la tech a longtemps été perçue comme un moteur d’inclusion, c’est parce qu’elle a progressivement remis en question certaines règles traditionnelles du recrutement.

Dans un secteur confronté à des besoins importants en compétences, les entreprises ont souvent appris à regarder au-delà des parcours académiques classiques. La capacité à apprendre, à résoudre des problèmes ou à s’adapter à un environnement en évolution rapide a parfois pris autant d’importance que le diplôme lui-même.

Cette évolution a ouvert la voie à de nombreux profils atypiques : personnes en reconversion, femmes éloignées des métiers du numérique, jeunes sans expérience professionnelle significative ou encore candidats ayant construit leurs compétences en dehors des parcours traditionnels.

Pour Karim Tadjeddine, président de Generation France, cette ouverture constitue l’un des principaux atouts du secteur : la tech a montré qu’il était possible d’évaluer davantage le potentiel que le pedigree académique. Pour beaucoup, la tech a représenté bien davantage qu’un secteur d’activité : une opportunité de rebond, d’émancipation et de mobilité sociale.

Cette dynamique demeure aujourd’hui l’une des grandes forces du numérique. Mais elle ne saurait être considérée comme acquise :  » La tech deviendra vraiment inclusive quand les entreprises arrêteront de recruter le même type de profil. On en est encore à aller convaincre les recruteurs de recruter ailleurs… » rappelle Souad Boutegrabet, fondatrice de DesCodeuses.

Derrière cette remarque se joue une question essentielle : la capacité des entreprises à diversifier leurs viviers de recrutement et à reconnaître des compétences acquises en dehors des parcours traditionnels.

Les révolutions technologiques créent autant d’opportunités qu’elles transforment les règles du jeu

Les débats autour de l’intelligence artificielle sont souvent dominés par une question : quels emplois vont disparaître ?

Pour Éric Hazan, cofondateur d’Ardabelle, cette approche passe à côté de l’essentiel. L’histoire économique montre que les grandes révolutions technologiques ne se résument jamais à une simple destruction d’emplois. Elles modifient profondément les compétences recherchées, font émerger de nouveaux métiers et transforment les trajectoires professionnelles.

À la fin du XIXe siècle par exemple, l’essor des centraux téléphoniques a permis à de nombreuses femmes d’accéder à un premier emploi. Ces postes ont ensuite servi de tremplin vers d’autres opportunités professionnelles, parfois sans lien avec les télécommunications. La technologie n’avait pas seulement créé des emplois : elle avait créé de nouveaux points d’entrée sur le marché du travail.

Cette lecture invite à dépasser les scénarios de rupture brutale souvent associés à l’intelligence artificielle : « Il n’y aura pas de job apocalypse » rassure Éric Hazan. Les évolutions observées aujourd’hui relèvent davantage d’une transformation progressive des métiers que d’une disparition brutale des emplois.

Contenu de l’articleAïda Thouiri (modératrice), Karim Tadjeddine (Président Generation France), Eric Hazan (co-fondateur Ardabelle)

Cette analyse rejoint ses conclusions avec Philippe Tibi dans une une récente analyse publiée dans Polytechnique Insights. Les auteurs soulignent que l’IA agit aujourd’hui comme un amplificateur de productivité : les emplois changent plus vite qu’ils ne disparaissent et aucun bouleversement massif du marché du travail n’est encore observable à l’échelle macroéconomique.

Les premiers emplois concernés sont souvent les postes administratifs ou les fonctions reposant sur des tâches répétitives. À l’inverse, les métiers techniques, de maintenance, de réparation ou encore les activités liées aux infrastructures numériques continuent d’offrir d’importantes perspectives d’emploi.

Cette évolution n’est pas sans conséquence pour les parcours professionnels. Les chercheurs soulignent notamment que les postes juniors sont parmi les premiers touchés par les transformations liées à l’IA, ce qui risque d’affaiblir les mécanismes traditionnels d’entrée dans certains métiers qualifiés. Or ces premiers postes jouent un rôle essentiel dans l’acquisition progressive de l’expertise professionnelle.

La question centrale devient alors moins celle de la disparition des emplois que celle de l’accès aux nouvelles opportunités et compétences qu’engendrent ces transformations.

Les compétences humaines deviennent un avantage décisif et essentiel

Face à ces mutations, un constat revient avec force : les compétences techniques seules ne suffiront plus.

Pour Fabienne Arata, directrice générale de LinkedIn France et membre du conseil d’administration de Generation France, les compétences comportementales prennent une importance croissante dans un environnement où les outils technologiques deviennent accessibles à un nombre toujours plus large de professionnels.

Adaptabilité, esprit critique, communication, capacité à apprendre ou à collaborer : ces compétences constituent désormais des facteurs différenciants. Comme le précise Alexandre Viros :  » Il faut comprendre que les softskills sont des hardskills, aujourd’hui tout change rapidement et donc les savoir-faire sont vite périmés. « 

Contenu de l’articleKarim Tadjeddine, Fabienne Arata Directrice Linkedin France), Alexandre Viros (Home Solutions), Victoria Herouard (Amblea)

Les recherches citées dans Polytechnique Insights convergent d’ailleurs vers la même conclusion. Les usages les plus performants de l’intelligence artificielle sont ceux qui augmentent les capacités humaines plutôt que ceux qui cherchent à les remplacer intégralement. La valeur se crée dans l’interaction entre l’humain et la technologie davantage que dans leur opposition.

Cette évolution est déjà visible dans les besoins des entreprises. Comme l’ont souligné plusieurs intervenants, l’IA modifie le contenu des métiers, mais elle ne remplace ni le jugement, ni la créativité, ni la capacité à comprendre des situations complexes et à interagir avec d’autres personnes.

C’est également ce qu’observe Generation à travers son réseau international. Présente dans 17 pays, l’organisation constate que certains métiers évoluent rapidement tandis que de nouveaux besoins apparaissent, notamment autour des infrastructures numériques, des centres de données, de la maintenance ou encore des métiers techniques associés aux transitions écologique et numérique.

Recruter autrement pour préserver l’inclusion

Si la technologie transforme les métiers, l’avenir inclusif de la tech dépendra aussi des pratiques de recrutement.

Les besoins en compétences restent importants. Pourtant, de nombreuses entreprises continuent de concentrer leurs recrutements sur des profils relativement homogènes, limitant ainsi leur capacité à répondre aux tensions du marché de l’emploi.

Pour plusieurs intervenants, l’un des principaux défis consiste désormais à faire évoluer les critères de sélection afin de mieux reconnaître les compétences transférables, les expériences atypiques et le potentiel d’apprentissage.

Cette question est particulièrement importante dans un contexte où les transformations technologiques accélèrent : l’enjeu n’est pas seulement de préparer les talents aux métiers d’aujourd’hui mais aussi à ceux qui émergeront demain.

L’inclusion apparaît alors non seulement comme un impératif social, mais également comme une nécessité économique. Élargir les viviers de recrutement permet aux entreprises d’accéder à davantage de talents tout en favorisant une meilleure représentation de la diversité des parcours.

Une promesse à tenir

La tech conserve aujourd’hui un potentiel unique pour favoriser l’inclusion professionnelle. Mais cette promesse ne se réalisera pas automatiquement.

Les transformations en cours montrent que l’avenir du secteur dépendra moins des technologies elles-mêmes que de la manière dont elles seront déployées. Comme le rappellent Éric Hazan, une même technologie peut augmenter les capacités humaines ou au contraire se substituer à certaines activités selon les choix qui sont faits par les organisations.

Les transformations sont réelles. Les recrutements évoluent. Certains métiers se recomposent déjà. Mais ces changements s’inscrivent dans une temporalité qui laisse encore une marge d’action aux entreprises, aux acteurs de la formation et aux pouvoirs publics.

La question n’est donc peut-être pas de savoir si la tech restera inclusive demain. Elle est de savoir quelles décisions seront prises aujourd’hui pour que les opportunités créées par les nouvelles technologies restent accessibles à celles et ceux qui en sont encore trop souvent éloignés.

Ces reflexions et échanges ont eu lieu dans le cadre des Rendez-vous des Métiers inclusifs de demain organisé par Generation France avec le soutien de Factset et Hg Foundation.

Metier inclusif demain Generation France

Et nos alumnis, ils en pensent quoi ?

Les témoignages des alumni présents lors de cette soirée ont rappelé une réalité simple : l’inclusion commence souvent par un changement de regard. 
Anaïs Andrianasolo, aujourd’hui Customer Success chez Viseeon, raconte ainsi qu’après dix ans consacrés à l’éducation de ses enfants, une recruteuse a su reconnaître dans ce parcours des compétences transférables : organisation, gestion de projets, capacité d’adaptation. 

De son côté, Lucie Dupin, aujourd’hui Ops & formator chez Amblea, souligne l’importance de laisser leur chance à des profils qui ne cochent pas encore toutes les cases : « Je pensais qu’il fallait savoir faire avant d’entrer en entreprise, mais j’ai compris qu’on apprend tous sur le terrain. » 

Enfin, pour Loucky Vilton, Directeur-fondateur de Streetpedia, l’inclusion passe aussi par une responsabilité collective : « Les entreprises devraient s’engager à mettre les moyens pour rendre plus accessibles les postes ou produits qu’elles proposent. » 
Des témoignages qui font écho aux échanges des experts présents : rendre la tech plus inclusive repose avant tout sur la capacité à reconnaître les potentiels, à adapter les environnements de travail et à ouvrir les opportunités à des profils plus divers. 

1 Selon Numeum, les entreprises française du numérique ont recruté un peu plus de 51 000 salariés en 2025 & 2024, contre plus de 83 000 en 2023.

Merci à l’ensemble de nos intervenants : Véronique LUIZET – Managing director – FactSet Foundation, Karim TADJEDDINE – Président – Generation France, Eric HAZAN – Cofondateur – Ardabelle, Fabienne ARATA – Directrice générale – LinkedIn France, Victoria HEROUARD – Directrice des opérations – Amblea, Angelina LAMY – Déléguée générale – Fondation Accenture, Souad BOUTEGRABET – Fondatrice – DesCodeuses, Miaina ANDRIANAVONIMI RINA- Cofondateur & DSI – Viseeon, Anaïs ADRIANASOLO – Customer success – Viseeon – Alumni Generation France,